lutteLes jeux olympiques n'auraient jamais existé si les Grecs n'avaient pas élevé comme une des  plus hautes valeurs "l'agon" αγων

Ce mot signifie la compétition, l'émulation, le concours. Déjà visible dans les poèmes homériques, l'esprit de compétition fut omniprésent dans la civilisation de la Grèce ancienne. Je m'interroge sur ses liens avec la démocratie.

Les jeux ont d'abord été l'activité d'une classe sociale privilégiée, l'aristocratie, avant de s'étendre à l'ensemble des citoyens... Dans notre monde, le sport demeure surtout l'affaire des pays riches et de celles et ceux qui, à l'abris des soucis matériels, ont le temps et l'esprit disponibles...

Le sport distinguait le meilleur: le plus rapide, le plus fort, le plus malin. Seule la victoire comptait. Les Grecs n'ont jamais songé à donner l'équivalent d'une médaille d'argent ou de bronze. Arriver deuxième à un concours, c'était perdre. Rien de plus étranger à la mentalité grecque que la phrase de Coubertin: "l'essentiel est de participer".

La victoire olympique était individuelle même si l'honneur s'étendait à la famille et à la cité. Il me semble révélateur que les Grecs, qui ont codifié tant de disciplines sportives, n'ont jamais inventé le moindre sport collectif...

Pourtant ce qui se passait sur le stade d'Olympie, avait quelque chose à voir avec l'idéal démocratique. D'obscures cités, Pise, puis plus tard Elis ont gardé le contrôle des jeux pendant toute l'histoire grecque.

Une fois sur le sable de la palestre ou l'herbe du stade, la richesse et la naissance ne comptaient plus. La démocratie, n'est-ce pas cette promesse de reconnaître les seuls mérites?

Le sport faisait passer l'homme de la guerre à l'affrontement pacifique. On sait aussi que l'annonce des jeux marquait le commencement de la trêve sacrée.

A Olympie se rencontraient les Grecs du Péloponnèse, de l'Attique, des îles, de Sicile ou d'Asie. Les jeux étaient le lieu où Les Héllènes prenaient conscience d'appartenir à une même communauté humaine.

Les règlements sportifs introduisaient les jeunes gens dans le domaine de la loi, sans laquelle il n'est pas de démocratie.

Enfin, au risque d'être accusé de cryptolibéralisme, je pense que l'envie de se dépasser, l'émulation et la reconnaissance de la réussite sportive de l'autre, donnent vie à la cité. Le modèle d'une masse où l'individu jamais ne se distingue prépare au totalitarisme.