31 octobre 2009
Campo San Polo (2)
Un cours d'eau coulait devant ce palais du campo San Polo. Il ne fut comblé qu'au milieu du XVIIIème siècle. Décidément cette ville est un glorieux nénuphar...
le campo san Polo
Je reste seul assis sur mon banc après le départ du jeune officier allemand. Je sens encore le parfum glacé qu'il portait sur lui. J'ai un peu froid dans ma veste de cuir. J'ouvre le rivage des syrtes et relis le premier chapitre.
Orsenna par bien des côtés a les traits de Venise...
calle
Calle du quartier San Polo, le matin. J'y ai rencontré le petit capitaine allemand. Un Suisse y faisait des photographies...
le jeune capitaine allemand
En voulant retourner vers le campo san Polo, je me suis égaré un peu et j'ai demandé mon chemin dans une calle fort étroite à un homme que j'ai d'abord pris pour un footballeur suédois. En fait il s'agissait d'un Allemand. L'inconnu m'a proposé très courtoisement de me guider jusqu'à San Polo. Là, nous nous sommes assis sur un banc et avons poursuivi notre discussion. J'étais très heureux comme toujours de parler en allemand. J'appris que mon interlocuteur était un jeune officier et qu'il attendait l'arrivée de sa fiancée le midi. des habitudes de caserne l'avaient fait lever tôt. Nous étions seuls sur le vaste campo et le militaire était très beau: des yeux bleux d'enfant, un sourire franc, un visage à la fois dur et tendre; sur ses joues poussait une barbe naissante aux reflets blonds comme un soleil pâle du Schleswig; l'homme était de ma taille, mince et musclé; il portait un jean et un maillot d'où s'échappaient quelques poils-mais j'aurais parié que le reste du corps était glabre. Sur sa gorge je notais un petit bouton blanc, détail presque incongru mais qui bizarrement m'émut. Nous avons parlé football, discussion où je m'égarais presqu'autant que dans les ruelles vénitiennes, car je suis de loin les résultats de la Bundesliga. Puis nous cessâmes de parler. J'étais bien sur cette place avec mon ami de rencontre et je ne voulais pas prendre l'initiative de rompre le charme de ces instants...
Le jour se lève à Venise
Ce matin je me suis réveillé à 5h3O, impatient de redécouvrir Venise. J'ai tenu au lit jusqu'à 6h30, imaginant des itinéraires de marche à travers la ville. Puis je me suis habillé sans faire de bruit, ai descendu les deux étages et me suis glissé dehors comme un voleur. j'étais alègre, léger.
Je suis allé voir le soleil se lever sur le Grand Canal. L'eau remuait doucement. Le ciel a viré lentement du noir de la nuit au blanc de l'aurore. Le soleil dans ses dernières forces automnales a bientôt éclairé les délicates façades palatines. Alors j'ai pris cette photographie...
30 octobre 2009
"Vaches de Bachan"
"Ecoutez cette parole, vaches de Bachan qui demeurez sur la montagne de Samarie". Amos 4:1
J'ai emporté à Venise le livre biblique d'Amos et je m'endors en pensant à cette célèbre apostrophe. De nouveau le prophète appelle à l'écoute, mais les destinataires de ce message sont pour le moins étrangres: les vaches de Bachan !ces bêtes de race, grasses, dispensées de tout travail qui ruminaient sur les plateaux de la Batanée, en Transjordanie, à l'Est de l'actuel Golan. Qui sont ces vaches? Et qu'ont-elles fait pour recevoir l'avertissement du berger de Teqoa?
Stabat Mater, Vivaldi
Après ces moments de lecture au calme, nous partons à la recherche de la maison du dramaturge Goldoni, puis nous nous dirigeons vers la campo San Paulo...
En marchant dans les ruelles vénitiennes, j'ai dans les oreilles le Stabat Mater de Vivaldi, chanté par James Bowman. J'aime le timbre recueilli de ce haut de contre, une voix simple et émouvante:
"Stabat Mater dolorosa..."
Albertine disparue (1)
Les bagages déposés à l'hôtel, la note payée (80 Euros la nuitée), nous prenons un peu de repos sur le lit. Je ne m'endors pas mais lis les premières pages d'Albertine disparue.
On vient d'avertir le narrateur que "Mademoiselle est partie". Cette nouvelle renverse complètement l'état d'esprit du narrateur... Ces premières pages expriment une très fine analyse psychologique.
Nos désirs nous trompent le plus souvent. il croyait vouloir la quitter, mais quand celle-ci s'en va, cette absence lui est intolérable.
Dans les amours les plus heureux, un jour on se pose la même équation que ce texte, pesant les limites inévitables, les frustrations de toute relation suivie avec une femme(ou un homme), en comparaison de toutes les libertés, de tous les autres désirs qu'on pourrait satisfaire sans elle(ou lui). Evidemment ce qu'on pourrait avoir se dessine dans l'imagination sous les traits les plus séducteurs et la réalité conjugale paraît bien terne face à la luxuriance de nos fantaisies... Mais on se trompe. On mésestime la force de ces liens, à commencer par la puissance de l'habitude. "Comme on s'ignore", conclut provisoirement Proust.
Irréalité
Se retrouver ici, à Venise, après une heure d'avion, a quelque chose d'irréel comme cette monumentale publicité couvrant des échafaudages à l'entrée de la place Saint Marc...
Premiers pas dans Venise
Il est un peu plus de 16h00. Nous faisons nos premiers pas dans Venise.
Beaucoup de touristes, sans que les rues en soient saturées. On entend souvent parler français.
Longue marche vers notre hôtel situé à la limite des quartiers de San Polo et Dorsoduro. Je suis harnaché d'un volumineux sac, façon routard des années 1970. Je dois avoir le dos bien robuste pour porter ce poids. Je ne voyage jamais sans de multiples livres, quelques pléïades, des guides, des dictionnaires, sans compter chaussures de course à pied, de randonnées etc... il faudrait pour bien faire qu'une malle me suive comme Gide à travers les forêts du Congo....
