Rochebonne
Du Fort national à la pointe de la Varde
Je ne vois jamais les brise-lames de Saint Malo, ces chênes d'Ille et Vilaine enfoncés dans le s...able, sans me souvenir des jeux de Chateaubriand enfant. "Nous grimpions ordinairement au haut de ces pieux pour voir passer au dessous de nous les premières ondulations du flux".
J'ai joué petit garçon et plus tard adolescent sur cette grève. Les clous me dissuadaient de les escalader.
Nulle Hervine Magon emportée par le ressac.
Relire les mémoires d'Outre-Tombe avant la fin de l'année
Randonnée à Saint Sulpice la forêt
Cet après-midi, nous avons randonné près de deux heures avec notre mère en forêt de Rennes. Joli parcours depuis les étangs des Mafrais jusqu'au village de Saint-Sulpice. Odeurs de lilas, de premiers foins. Nous nous sommes un peu égarés. Maman tient la forme quoiqu'elle en dise.
Un peu de repos avant la reprise de la campagne électorale.
Je lis en allemand der Zauberberg de Thomas Mann. La réflexion sur le temps: est-il une donnée objective ou subjective? On mesure le temps par des espaces, ceux parcourus par les aiguillles d'une horloge. "Eine Minute ist so lang...sie dauert so lange, wie der Sekundenzeiger braucht, um seinen Kreis zu besschreiben." "Aber er braucht ja ganz verschieden Lange_für unser Gefühl"
J'ai vu deux films à la suite hier soir au cinéma.
Intouchables, le grand succès de la fin de l'année 2011 (18millions d'entrées ?). Devant les premières images j'ai craint une sorte de remake de taxi.
Certes le film joue avec les clichés. Tous les riches aiment-ils l'opéra ? L'art contemporain se résumerait souvent à un simple et coûteux "foutage de gueule" ? ...
Je n'ai pas trouvé le film toujours hilarant quoique la salle ait beaucoup ri.
Pourtant j'ai passé un bon moment: la comédie a du rythme, la bande son est tonique, et les acteurs convainquants, à commencer par Omar Sy en grand rigolard venu des cités!
Le message du film est optimiste: l'esthète et le profane pourraient se rejoindre, la culture ne serait pas "intouchable
Evangile de Marc (1)
J'ai délaissé ce blog. Je poursuis ma lecture de la Bible.
J'ai relu tout l'Evangile de Marc en grec et en français ces derniers jours. C'est le plus court des quatre Evangiles du Nouveau Testament et sans doute le plus ancien, écrit vers 70 de notre ère.
Une chose me frappe: la pression que la foule exerce sur Jésus au point de ne pas le laisser manger tranquille. La maison prise d'assaut. La barque ou la nuit lui servent de refuges.
Jésus affronte à la fois l'hostilité des autorités juives et l'incompréhension de ses disciples et de sa famille.
Marc présente Jésus comme un guérisseur et un exorciste de Galilée.
Il pose la question de l'identité de ce Jésus, affirmée dès le premier verset-il est le christ- et reconnue in extremis, à sa mort comme "fils de Dieu" par un centurion romain.
L'Evangile selon Marc est un petit livre dramatique
A Saint Martin des champs
Ce matin, ces listes d'adresses de nouveau introuvables. Recherches vaines. Perte de temps.
Déjeuné à Saint Quentin sur le Homme. Des langoustines, des coquilles Saint-Jacques, une poire au chocolat. Quelques verres de Sancerre.
Match de football, Saint André des champs face à Saint Poix. "Allez les gars , on cadre mieux ses tirs".
De retour à la maison, j'ai corrigé mes premières copies d'Histoire en langue anglaise.
Le livre du jour, "un barrage contre le Pacifique" de Marguerite Duras, que je relie dans le volume de la Pléïade.
La musique du jour, la première sonate de Beethoven. Maurizio Pollini au clavier.Afficher la suite
365 jours avec la Bible(8)
8 Le non sacrifice d’Abraham. Genèse 22
Je lis« sacrifice d’Isaac » en pédalant sur un vélo de la salle de gym du Val Saint Père. Autour de moi de jeunes hommes qui seront bientôt pères. J’aborde le texte le plus apparemment scandaleux des Ecritures : Dieu éprouve un vieil homme en lui demandant de sacrifier son fils. Le récit heurte la sensibilité des clients de cette salle, par cet ordre barbare qui apparaît ici comme la tentation, la préméditation et la « presque » réalisation d’un infanticide. Que Dieu soit mêlé à cela, qu’il en soit même à l’origine-même si son envoyé arrête in extremis le geste meurtrier- aggrave un malaise qui n’est pas dissipé par les justifications et les bénédictions finales. Plus que pour tout autre passage de la Bible, ce texte peut perdre toute signification, la parole étant « bloquée » par les émotions dont sa lecture est inévitablement lestée. Efforçons nous de laisser ici tout préjugé, tout schéma qui rassure (exemple : ce récit vu exclusivement comme préfiguration de la passion du Christ, comme si cette lecture en prospective ne soulevait pas des difficultés plus importantes encore…). Oublions un peu ces méditations prémâchées, même les plus intéressantes comme celle de Kierkegaard, crainte et tremblement, analyses qui préemptent toujours, quand elles dispensent de notre effort de lecture personnel, le sens que nous pourrions donner à ce texte, ici et maintenant, pour nous…
Abraham s’était éloigné au pays des Philistins de sa terre promise. En s’attardant là où on n’est pas appelé, on se prépare à une crise lorsque la promesse se rappelle à nos oreilles.
Ce n’est plus YHWH, le Seigneur de l’alliance, mais le Dieu El, le Dieu impersonnel des Sémites qui s’adresse à Abraham.
Dieu tente Abraham comme le serpent Adam et Eve, mais le serpent avait promis la vie et le couple trouva la mort, Dieu mit à l’épreuve de la mort, mais Isaac vécut.
Abraham est tenté dans son amour paternel. « Prends, je t’en prie ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ». Abraham est invité à prendre. Qui ? c’est une suite de termes, comme un piège presque sadique qui se referme : « ton fils », oui mais lequel ? L’aîné, le cadet ? « ton unique », Abraham n’a-t-il qu’un fils ? Oui, ton unique car ta femme a chassé l’autre. Ils étaient deux enfants et pourtant Isaac est unique, et puis chaque enfant n’est-il pas l’unique ? « Celui que tu aimes » ? Abraham est tenté dans son amour paternel dans ce tabou des préférences affectives. « Isaac », l’enfant qui n’a jamais si mal porté son nom( « il rira »), car ici le rire se fige en ironie tragique et grotesque. Isaac, l’enfant attendu jusqu’aux extrémités du désespoir, l’enfant du miracle doit « monter en monter »
Le chemin de Moriyya, c’est celui de l’offrande totale. Qui peut dire aimer Dieu s’il ne l’aime pas plus que tout ? Quel croyant peut prétendre aimer les siens, ou la vie même, s’il ne les a d’abord remis à Dieu ?
Cela dit. Le texte qui garde jusqu’au bout son mystère scandaleux nous enseigne clairement que Dieu ne veut pas de sacrifice humain. « Ne fais pas de mal à l’enfant » Ils sont sacrilèges ceux qui attentent à toute vie humaine au nom de Dieu. L’Eternel ne veut ni d’enfants passés par le feu ni de kamikazes ceinturés d’explosifs. La foi d’alliance n’est pas fanatisme…
365 jours avec la Bible(7)
7 « Abraham crut en Yahvé » Genèse 15 :6
L’invention de la foi.
Sur les quais de la gare de Granville, j’attends notre cousine de Voiron et je relis une fois encore les chapitres que la Genèse consacre à Abraham.
Abraham, celui qui par qui tout a commencé, sans qui je ne serais pas sur ce quai de gare à lire ma bible.
Avec Abraham on est tout de suite confronté, et de façon radicale, à cette question vitale, la plus essentielle de toute vie, celle de la foi.
En premier lieu parce qu’un peu de foi est nécessaire pour envisager un homme dont nous n’avons nulle preuve assurée de son passage dans l’Histoire. Le chercheur le plus objectif pourra juste estimer vraisemblable l’existence d’un chef de clan semi-nomade entre l’Irak et la Palestine actuels, peut-être au XIXème ou au XVIIIème siècle avant Jésus-Christ.
La foi d’Abraham commence par une parole entendue. Comment Dieu a-t-il parlé à Abraham ?
« Quitte ton pays pour le pays que je t’indiquerai »
La foi me semble toujours cette réponse à une parole qui met en route sans bien connaître la destination du chemin.
« Va pour toi » dit le texte hébreu. Le départ d’Abraham est d’abord un itinéraire personnel, mais qui dépasse considérablement sa seule destinée, car la foi inaugurée par le patriarche est promesse de postérité (Juifs, Chrétiens et Musulmans revendiquent sa paternité).
L’homme n’est pas toujours très courageux et n’hésite pas à mentir sur les liens réels qu’il a avec sa femme pour sauver sa peau (chapitres 12, 20)
Il participe volontiers aux razzias des tribus environnantes (chapitre 14)
Il laisse renvoyer le fils de la servante Hagar pour satisfaire aux égoïsmes de la maîtresse (chapitre 21)
La foi d’Abraham n’ignore pas les doutes, à commencer sur la réalisation des promesses qui lui ont été faites, mais il croit en ce Dieu unique qui lui a demandé de partir. Abraham est bel et bien cet inventeur de la foi pour reprendre la belle expression du théologien catholique Guy Lafon…
365 jours avec la Bible(6)
6« Toute la terre avait la même langue et les mêmes mots » Genèse 11 :1
Sur le parking de l’Intermarché, à Saint Pair sur Mer, je lis l’épisode de la tour de Babel. Longtemps je n’ai vu dans ce récit que l’expression d’un dieu défendant jalousement ses prérogatives. La bible, plus que tout autre texte se prête à ces lectures paresseuses qui laissent libre cours à nos préjugés.
La Genèse décrit plutôt une situation cauchemardesque, celle d’un monde univoque. Littéralement « toute la terre n’avait qu’une seule lèvre ». Un monde où tous parlent la même langue, utilisent les mêmes mots. Un monde de la pensée unique, du projet unique.
Le totalitarisme commence par cette uniformisation du langage.
L’individu se dissout dans la masse des bâtisseurs d’une tour. La foule veut se donner un nom, elle qui n’est qu’anonyme. Ces hommes interchangeables deviennent ouvriers de la démesure !
L’humanité s’élève, Dieu descend. L’humilité de Dieu s’apprécie à l’échelle inverse de notre orgueil.
Le projet démentiel de toute dictature : l’irréalisable. Le pouvoir d’une volonté sans limites…
On devrait se détourner des politiques qui affirment que tout est possible.
Yahvé brouille le langage unique de ces clones afin qu’advienne l’altérité. L’autre est celui qui dit autrement les choses. Je peux l’écouter. La différence de langage m’oblige à l’attention, à l’empathie.
Dans ces conditions la dispersion est nécessaire à la future rencontre, la condition d’une Pentecôte à venir…
La plus haute tour du monde, Burj Khalifa, a été inaugurée à Dubaï en janvier 2010. Elle mesure 828 m.
365 jours avec la Bible (5)
5 « La terre est remplie de violence à cause des hommes » Genèse 6 :13
La vague se lève et emporte tout. L’actualité de ces dernières années nous a rappelé la menace toujours possible de la montée des eaux sur la vie des hommes à La Nouvelle Orléans, à Phuket ou en Vendée. Les hommes du Moyen-Orient gardaient aussi en mémoire de gigantesques inondations qui auraient ravagé les plaines de Mésopotamie.
L’épopée de Gilgamesh, la Genèse en firent des épopées grandioses et poétiques. La Bible y ajouta un message éthique et théologique.
Le constat de la Genèse est hélas toujours actuel : « la terre est remplie de violence à cause des hommes ». La tentation est grande de désespérer de l’humanité. Face au déchaînement de violence de l’Histoire, on peut comprendre le repentir d’Elohim et sa volonté d’abandonner les humains aux catastrophes naturelles. Pourtant si on lit le récit jusqu’au bout, tel n’est pas en définitive le projet divin. « Jamais je ne frapperai les vivants » , même si la violence se déchaîne de façon paroxystique.
Si l’épilogue du Déluge nous rassure, si la colombe et l’arc en ciel nous rappellent le pardon sans cesse renouvelé de Dieu, nous savons aujourd’hui que l’homme peut s’éliminer lui-même de la surface terrestre. Puissent se lever des Noé…





