Tournon d'Agenais et le "Sud"

Quand j'habitais Villeneuve sur Lot et que je partais à bicyclette, je prenais presque toujours la direction de Tournon d'Agenais. Souvent "en danseuse" sur mon vélo de course, je grimpais ces fortes côtes de Montaigu vers le Quercy. Tout changeait dans le paysage: le relief devenait plus heurté, sur les versants abrupts et ensoleillés poussaient des chênes pubescents et des prunelliers, dans la rocaille trottaient les lézards. Parfois je reconnaissais le chant de l'alouette. Un jour, une grosse couleuvre jaune s'enfuit devant mes rayons, sur le bitume surchauffé. Tournon d'Agenais m'ouvrait le sud. Je n'oubliais pas non plus que Nino Ferrer y avait sa maison, l'homme qui chantait:
"la maison près de la fontaine
couverte de vignes vierges et de toiles d'araignée
sentait la confiture, le désordre et l'obscurité
l'automne
l'enfance
l'éternité
Autour il y avait le silence
les guêpes et les nids des oiseaux
on allait à la pêche aux écrevisses avec monsieur Le Curé
On se baignait tout nus tout noirs
avec les petites filles et les canards"