Perdre la foi?
J'ai terminé ce soir la lecture de Formation de Pierre Guyotat. J'attends avec impatience la suite (elle est annoncée) de cette autobiographie. A l'arrivée de l'adolescence, le garçon perd la foi: il s'en explique au père de Sentenac et annonce un dimanche matin à sa mère que, désormais, il n'ira plus à la messe... Je cîte les paroles de Guyotat: "pour moi, le christ étant venu dans l'Histoire, ne peut être Dieu... ou alors que n'est-Il venu en 1933, changer les bulletins de vote dans les urnes d'Allemagne". L'objection est souvent avancée. L'incarnation garde sa part de mystère. Deux propositions: 1) Jésus de Nazareth a vécu au temps de Tibère. Il n'a pas par magie renversé la dynastie sanguinaire des Julio-Claudiens ni mis un terme à la brutalité du préfet Ponce-Pilate. S'il était né cette funeste année 1933, il n'aurait pas davantage empêché le mécanisme horrifiant du troisième Reich. Peut-être serait-il mort dans une chambre à gaz au lieu de finir asphyxié sur un gibet. "Changer les bulletins de vote"? Alors plus d'autonomie de l'humain? La liberté humaine est à ce prix terrible...2) Si Dieu n'existe pas, tout humain n'est que matière appelée à pourrir. Et ce sont les bourreaux du nazisme et d'ailleurs qui triomphent. Je crois au contraire que ceux-ci ne peuvent rien contre ce qui est hors de leurs sales mains: la lumineuse destinée post-mortem des cinq à six millions de juifs de la shoah. C'est ce que je crois et espère...