30 décembre 2009
Paul Morand, Venises.
Dans une librairie du Ghetto, j'ai acheté Venises de Paul Morand.
J'en lis quelques pages dans le snack où nous nous sommes abrités ce midi. Je tombe sur ceci: "La vie est un travail lent, une opération à deux, le hasard et moi". Et les déterminismes cher Morand, ceux de l'hérédité, de la classe, sans oublier la trace de Dieu?
Le style du livre accroche et je pourrais rester là, oublier la pluie qui tombe froide et drue sur Venise, à lire l'ouvrage jusqu'à sa dernière phrase.
28 décembre 2009
Halb und kaum Erwachsener
"Proust rêve de jeune fille à Venise, Thomas Mann (qui n'était pas homosexuel) d'un jeune garçon". Plaisant paradoxe que souligne Philippe Sollers.
En 1912 est publié der Tod in Venedig. A l'époque, l'homosexualité est universellement dénoncée comme un vice, et l'amour des jeunes gens toléré et même vanté dans certains milieux (Gide...). Aujourd'hui, l'homosexualité est très largement acceptée sauf dans certains cercles extrémistes, alors que l'amour des adolescent(e)s est assimilée à la pédophilie. La parution en 2009 du livre de Thomas Mann ferait scandale.
Le narrateur du livre s'éprend d'un jeune Polonais de 14 ans, mais l'aimé d'Aschenbach répond aux canons d'un autre temps: "Sein bleicher Antlitz", "die Haut seines Gesichtes stach weiss wie Elfenbein". Quand on ne jurait que par les teints clairs et les visages blancs.
Aschenbach intellectualise tout, même ses amours.
La beauté réside-t-elle dans la singularité, ou au contraire rejoint-elle l'universel?
A travers le jeune Tadzio, Aschenbach contemple le beau absolu, "das Schöne"...
17 décembre 2009
der falsche Jüngling
Il y a parfois un ridicule presque sinistre à vouloir paraître jeune quand on ne l'est plus. Ainsi le vieux dandy qu'Aschenbach remarque dans le vapeur qui le conduit à Venise.
La beauté de Venise est-elle de cette nature ? Une ville qui voudrait masquer son âge?
Un jour dans une rue du Marais, je suivis un garçon en basket dont le reflet dans une vitrine révéla bientôt un homme usé au regard triste et avide.
Aschenbach se voit-il dans le vieux muscadin? Pourquoi la vision du vieil homo qui voulait faire jeune me troubla-t-elle?
(En lisant der Tod in Venedig)
01 novembre 2009
Der Tod in Venedig(2): durchhalten
Nouvelle pause dans notre promenade au Lido, poursuite de la lecture de la nouvelle de Thomas Mann.
Tout le chapitre II donne un portrait d'Aschenach. Dans la forme, le procédé paraît assez classique. Le récit s'interrompt pour cette pause descriptive un peu académique. A moins que ce style même soit intentionellement ironique...
Aschenbach se présente comme le modèle même de l'écrivain qui à force de travail et de discipline est devenu un "classique".
L'homme a pour devise le mot d'ordre de Frédéric II: "durchhalten", "tenir bon". Sa vie entière semble tendue par cet impératif: montrer au monde, et à la jeunesse en particulier, "die Möglichkeit sittlicher Entschlossenheit", "que la fermeté morale est possible".
Qui se cache derrière Gustav von Aschenbach? J'ai lu que Gustav Mahler, lui même mort à Venise comme Wagner, était le modèle dont s'était inspiré Thomas Mann. Mais bien des traits ne sont-ils pas ceux de Mann lui même, comme si ce dernier avait voulu "tuer" son propre personnage ?
Der Tod in Venedig(1)

A deux reprises nous nous sommes arrêtés pour lire et nous reposer.
J'ai lu d'un trait le premier chapitre de Der Tod in Venedig. Lecture difficile. Thomas Mann travaille son écriture, la polit. On a l'impression d'avoir devant les yeux une marquetterie d'ivoire aux savantes incrustations. Les phrases sont longues, le lexique riche-je bute sur certains mots-. L'écrivain use d'adjectifs substantivés, de mots doubles("was Stegreif-dasein" (?)).
Je comprends pourtant l'essentiel. Bien que ces premières pages se situent à Münich et semblent une introduction un peu longue au voyage à Venise, elles exposent les grands thèmes du roman :
-la volonté de l'artiste mise à l'épreuve. Aschenbach incarne le créateur tout entier dans la tension de son travail, aux prises avec les efforts de son esprit. "Umsicht, Eindringlichkeit und Genauigkeit des Willens ". La précision, l'acuité de la volonté! Tout un programme. On sent dès les premières lignes ces excellentes dispositions mises en péril...
-les coulisses de la mort. Aschenbach attend son tramway près du jardin anglais. Derrière l'arrêt, un chantier de pierres tombales. L'écrivain lit les inscriptions funéraires, sans remarquer que deux bêtes de l'Apocalypse et un inconnu le guettent.
-la rencontre. Je me suis interrogé sur l'idendité de cet homme roux surgi du milieu des tombes. La rencontre est brève et pourtant déterminante. Aschenbach semble fasciné par l'étrangeté absolue de cette personne.
-la sensualité malgré soi. Les images de paysage qui traversent la tête de l'écriture foisonnent de connotations sexuelles. la végétation surabondante est "geil": se dressent des plantes épaisses et turgescentes, des palmiers velus, des corolles nagent et exsudent une substance laiteuse. Je ne sais si je fais un contresens, mais Aschenbach semble remué par un désir "rätselhaft", traversé de pulsions mystérieuses.
-le goût du voyage ("Reiselust") qui suprend notre héros au tournant de la cinquantaine..
31 octobre 2009
Albertine disparue(2)
"Mais il est enfin vraiment rare qu'on se quitte bien, car si on était bien on ne se quitterait pas!" Proust, Albertine disparue.
Ainsi se termine ma journée vénitienne, en lisant quelques pages...
30 octobre 2009
Albertine disparue (1)
Les bagages déposés à l'hôtel, la note payée (80 Euros la nuitée), nous prenons un peu de repos sur le lit. Je ne m'endors pas mais lis les premières pages d'Albertine disparue.
On vient d'avertir le narrateur que "Mademoiselle est partie". Cette nouvelle renverse complètement l'état d'esprit du narrateur... Ces premières pages expriment une très fine analyse psychologique.
Nos désirs nous trompent le plus souvent. il croyait vouloir la quitter, mais quand celle-ci s'en va, cette absence lui est intolérable.
Dans les amours les plus heureux, un jour on se pose la même équation que ce texte, pesant les limites inévitables, les frustrations de toute relation suivie avec une femme(ou un homme), en comparaison de toutes les libertés, de tous les autres désirs qu'on pourrait satisfaire sans elle(ou lui). Evidemment ce qu'on pourrait avoir se dessine dans l'imagination sous les traits les plus séducteurs et la réalité conjugale paraît bien terne face à la luxuriance de nos fantaisies... Mais on se trompe. On mésestime la force de ces liens, à commencer par la puissance de l'habitude. "Comme on s'ignore", conclut provisoirement Proust.
28 août 2009
Poser, le bel été (2)
La nouvelle de Pavese a de jolies scènes de pose chez des peintres.
Si la nudité d'un streaptease m'a parfois paru laide, vulgaire et même dégradante pour la femme qui s'y exposait, je pense que la nudité d'une pose artistique recèle une gravité qui valorise la personne.
Ginia est d'abord gênée de voir son amie poser alors qu'elle avait demandé à y asister. Elle regarde les toits et rougit de son embarras.
Quand elle pose enfin les yeux sur son amie, elle a ce mouvement hostile, comme si elle se sentait agressée: "Amélia brune comme elle l'était, avait l'air sale et il était pénible de la regarder" Ce qualificatif de sale attribué à la nudité vient de loin. Curieux comme dans certains stéréotypes, le brun fait plus sale, moins pur qu'une autre teinte. Voilà qui me rappelle ce mot entendu un jour dans des vestiaires: "Faudrait pas qu'une fille nous suprenne. Si encore on était blonds". Comme si la couleur plus claire estompait la nudité et une couleur plus sombre l'accusait, la rendait plus provocatrice!
Un peu plus tard Ginia éprouve une forte émotion, "l'émotion de s'apercevoir que nous sommes toutes faites pareilles ". La vue d'un nu déstabilise car il renvoie à sa propre nudité, et à une communauté des corps que le vêtement fait oublier...
26 août 2009
Face au mal absolu
Je poursuis la lecture de l'origine de la violence de Fabrice Humbert.
Pénible chapitre 9. Description d'actes sauvages commis dans le camp de Buchenwald. Je saute des paragraphes sans les lire. Que l'auteur me pardonne!
Je connais l'agressivité qui peut être présente en moi, mais je crois que je serais incapable de torturer et tuer ainsi mes frères humains. Je le crois comme je crois en Dieu. C'est à dire avec humilité et une bonne dose d'espérance.
L'horreur allemande nazie plus que le crime soviétique communiste me fait mal car elle a lieu à la rencontre inhumaine de deux peuples qui me sont chers: les Allemands dont j'aime le pays, l'immense culture, la musique, les hommes et de l'autre côté les Juifs dont la pensée et les croyances m'accompagnent chaque jour.
19 août 2009
L'origine de la violence(1)
J'avais acheté l'autre jour à Annecy le livre l'origine de la violence de Fabrice Humbert.
La culture ne protège pas de la barbarie. Ce récit le dit encore une fois. A quelques kilomètres de Weimar, ville de Goethe et de Schiller, fut construit le camp de Buchenwald ("la forêt des hêtres") où furent tués cinquante-trois mille personnes (c'est à dire plus que toute la population de Saint Malo réunie).
Où est la source du mal? Le mal absolu a-t-il obscurément quelque chose à voir avec chacun de nous?
Cette petite phrase au début du livre, qui me trouble: "c'est toujours le fils le plus aimé qui passe du côté du Mal".
