22 mai 2008
l'amour homosexuel, Banquet(13)
L'amour dit "céleste" se produit entre hommes. Pausanias se fait ici le héraut d'une opinion grecque évidemment discutable, à savoir la supériorité par nature de l'amour homosexuel sur l'amour hétérosexuel. Cet amour n'implique nullement une confusion des identités: les deux partenaires sont et demeurent des mâles sans ambiguité. Cette homosexualité s'accompagne d'ailleurs d'une exaltation des caractères virils, dans le cadre fréquent de la guerre ou du sport. Il échappe à la logique de la reproduction, dépassant les instincts de simple perpétuation de l'espèce-ces hommes, au moins les érastes étant par ailleurs des pères- Ainsi l'homosexualité grecque se veut non pas "contre-nature", mais "au-delà de la nature". Elle trouve sa noblesse dans ce jeu subtil du même et de l'autre: deux individus du même sexe, tous deux pubères, se retrouvant dans les mêmes activités du stade, du champ de bataille, de l'agora, de l'arêne politique, ou du banquet et en même temps différents par l'âge-l'amour grec ignore les affections entre hommes de la même génération- Par exemple Pausanias a ici la cinquantaine et Agathon moins de trente ans! Les deux amants sont différents enfin par leur position dans cet échange amoureux: l'aîné est le seul initiateur de la relation. Seul il choisit son aimé, qui peut cependant refuser(scène mainte fois représentée sur les vases grecs)! l'aîné a le rôle actif y compris dans l'éventuel rapport sexuel. L'amour grec est le fait d' hommes libres, des citoyens, des privilégiés. L'homosexualité est d'essence aristocratique dans la cîté. Ce qui me gêne-regard évidemment anachronique de l'homme du XXI ème siècle que je suis- c'est l'exclusion et le mépris pour les femmes qui accompagne cette valorisation des amours masculins. Je cîte Pausanias: " l'amour céleste aime le sexe qui naturellement a le plus de vigueur et d'intelligence"....
17 mai 2008
yseut pleure
Yseut pleure au moment de se séparer de Tristan. Elle demande à son ancien amant de lui laisser Husdent, le chien :" Si j'ai le coeur triste, sa vue me rendra la joie. Jamais depuis les tables de la Loi un animal n'aura eu si bon gite ni meilleure couche".
14 mai 2008
Quand la passion amoureuse cède...
Tristan prend conscience qu'il n'aime plus Yseut passionnément, le lendemain de la Saint-Jean. Comme si le solstice d'été marquait un partage du temps amoureux. Tristan vient de quitter le lit d'Yseut et poursuit un cerf. Et dans cette activité solitaire et masculine, la chasse, il éprouve brusquement la nostalgie de ce qu'il vivait "avant". Sa vie de chevalier lui manque, la fréquentation de la cour, le luxe ("les fourures de vair et de petit gris"), le commandement (avoir cent damoiseaux à son service)... La femme ne lui suffit plus. C'est l'heure du grand retour en force des activités masculines. Seulement après, vient la contrariété à propos du sort de son aimée...
11 mai 2008
Trois ans.
Le vin herbé ou Lovedrink agirait pendant trois années, après quoi Tristan et Yseut seraient délivrés de leur fatale attraction. Trois années! Est-ce le terme du sortilège amoureux, de l'état de grâce entre deux amants? Je ne sais si un inexorable calendrier égrène le temps d'une passion amoureuse. Qu'en pensez-vous?
08 mai 2008
Husdent, le chien de Tristan
"Beste ne fu de tel amor" Tristan et Yseut, Béroul, 1460.
Husdent était son nom. Le petit braque de Tristan symbolise la fidélité. Il dépérissait en l'absence de son maître. Une fois détaché, le chien suivit la trace de Tristan en fin limier. il se blessa une patte en sautant par la fenêtre de la chapelle et finit par retrouver le jeune couple dans sa fuite. L'histoire du dressage du petit braque dans la forêt de Morroi m'a paru très émouvante...
07 mai 2008
l'herbé
"Si elle m'aime, c'est sous l'effet d'un philtre" Tristan et Yseut, Béroul,1384
L'homme et la femme n'expliquent leur amour que par l'effet d'un philtre. Le texte évoque un vin herbé consommé au cours d'une traversée en bateau. Jolie métaphore pour exprimer ce sentiment d'aimer à son insu, comme si de redoutables mécanismes où les protagonistes n'ont aucune part, étaient à l'oeuvre dans un coup de foudre. L'homme ne choisit ni le moment, ni le lieu, ni la femme. Tout lui est donné de l'extérieur. L'amour fou s'éprouve comme une aliénation, une dépossession de soi. Il agit comme une drogue: Tristan et Yseut ne sont plus libres. "Nous ne pouvons plus nous séparer l'un de l'autre" confie Tristan avec une touchante sincérité...
06 mai 2008
le roi aux oreilles de cheval
"Marc a orelles de cheval" Tristan et Yseut, Béroul.
Frocin dévoila la vérité: comme jadis Midas portait des oreilles d'âne, le roi Marc dissimulait sous sa couronne des oreilles de cheval. D'ailleurs le nom Marc ne signifie-t-il pas "cheval"? En breton, Pennmar'ch: caput caballi...
03 mai 2008
Yseut la givre
"La givre!" C'est ainsi que le chef des lépreux yvain appelle Yseut. La givre est un serpent, plus exactement une vipère. On songe à la vouivre des étangs du Berry. Le mythe reprend ce vieux fantasme de la femme à la séduction venimeuse...
01 mai 2008
lèpre et SIDA
En lisant dans Tristan et Yseut, cet épisode des lépreux, je faisais ce parallèle entre ces deux maladies:la lèpre du Moyen-Âge et le SIDA apparu dans les années 1980. Même effroi, même crainte de la contagion, et semblable mise au ban, hélas, de la société. Avec ce soupçon de culpabilité et cette horrible de tentation de voir en la maladie un juste châtiment. A l'oeuvre, ces terribles peurs qui se superposent, celles de la mort et du sexe!
Livrée aux lépreux
Le roi décida de changer sa peine: Yseut ne serait pas brûlée mais livrée aux lépreux! La punition aurait de multiples faces : condamnée à une mort lente, à une lente et longue altération de ses traits car la beauté de cette femme serait inéxorablement rongée. La jeune reine ne perdrait pas seulement sa face, elle tomberait dans la misère, vivrait d'aumônes, n'habiterait plus le palais de marbre gris mais les huttes de ces malheureux. La femme adultère partagerait avec les malades l'impureté de son état. Munie de la crécelle pour signaler sa présence redoutée, elle souffrirait la pire des exclusions du monde médiéval. Enfin, la fille subirait les violences sexuelles de ces hommes à qui l'opinion commune prêtait des ardeurs effrénées...