Chaque homme dans sa nuit

je suis un homme de 46 ans passionné par la théologie, la Bible, la littérature (Julien Green, Mauriac, Proust...) le sport(course à pied, triathlon), j'aime les paysages (La Normandie, saint-Malo, Annecy...).

30 octobre 2009

Albertine disparue (1)

albertineLes bagages déposés à l'hôtel, la note payée (80 Euros la nuitée), nous prenons un peu de repos sur le lit. Je ne m'endors pas mais  lis les premières pages d'Albertine disparue.

On vient d'avertir le narrateur que "Mademoiselle est partie". Cette nouvelle renverse complètement l'état d'esprit du narrateur... Ces premières pages expriment une très fine analyse psychologique.

Nos désirs nous trompent le plus souvent. il croyait vouloir la quitter, mais quand celle-ci s'en va, cette absence lui est intolérable.

Dans les amours les plus heureux, un jour on se pose la même équation que ce texte, pesant les limites inévitables, les frustrations de toute relation suivie avec une femme(ou un homme), en comparaison de toutes les libertés, de tous les autres désirs qu'on pourrait satisfaire sans elle(ou lui). Evidemment ce qu'on pourrait avoir se dessine dans l'imagination sous les traits les plus séducteurs et la réalité  conjugale paraît bien terne face à la luxuriance de nos fantaisies... Mais on se trompe. On mésestime la force de ces liens, à commencer par la puissance de l'habitude. "Comme on s'ignore", conclut provisoirement Proust.

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28 août 2009

Poser, le bel été (2)

picasso_nu_fond_rougeLa nouvelle de Pavese a de jolies scènes de pose chez des peintres.

Si la nudité d'un streaptease m'a parfois paru laide, vulgaire et même dégradante pour la femme qui s'y exposait, je pense que la nudité d'une pose artistique recèle une gravité qui valorise la personne.

Ginia est d'abord gênée de voir son amie poser alors qu'elle avait demandé à y asister. Elle regarde les toits et rougit de son embarras.

Quand elle pose enfin les yeux sur son amie, elle a ce mouvement hostile, comme si elle se sentait agressée: "Amélia brune comme elle l'était, avait l'air sale et il était pénible de la regarder" Ce qualificatif de sale attribué à la nudité vient de loin. Curieux comme dans certains stéréotypes, le brun fait plus sale, moins pur qu'une autre teinte. Voilà qui me rappelle ce mot entendu un jour dans des vestiaires: "Faudrait pas qu'une fille nous suprenne. Si encore on était blonds". Comme si la couleur plus claire estompait la nudité et une couleur plus sombre l'accusait, la rendait plus provocatrice!

Un peu plus tard Ginia éprouve une forte émotion, "l'émotion de s'apercevoir que nous sommes toutes faites pareilles ". La vue d'un nu déstabilise car il renvoie à sa propre nudité, et à une communauté des corps que le vêtement fait oublier...

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26 août 2009

Face au mal absolu

KLandauDessinPendaisonBuchenwaldJe poursuis la lecture de l'origine de la violence de Fabrice Humbert.

Pénible chapitre 9. Description d'actes sauvages commis dans le camp de Buchenwald. Je saute des paragraphes sans les lire. Que l'auteur me pardonne!

Je connais l'agressivité qui peut être présente en moi, mais je crois que je serais incapable de torturer et tuer ainsi mes frères humains. Je le crois comme je crois en Dieu. C'est à dire avec humilité et une bonne dose d'espérance.

L'horreur  allemande nazie plus que le crime soviétique communiste me fait mal car elle a lieu à la rencontre inhumaine de deux peuples qui me sont chers: les Allemands dont j'aime le pays, l'immense culture, la musique,  les hommes et de l'autre côté les Juifs dont la pensée et les croyances m'accompagnent chaque jour.

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19 août 2009

L'origine de la violence(1)

fabrice_imbert_l_origine_de_la_violenceJ'avais acheté l'autre jour à Annecy le livre l'origine de la violence de Fabrice Humbert.

La culture ne protège pas de la barbarie. Ce récit le dit encore une fois. A quelques kilomètres de Weimar, ville de Goethe et de Schiller, fut construit le camp de Buchenwald ("la forêt des hêtres") où furent tués cinquante-trois mille personnes (c'est à dire plus que toute la population de Saint Malo réunie).

Où est la source du mal? Le mal absolu a-t-il obscurément quelque chose à voir avec chacun de nous?

Cette petite phrase au début du livre, qui me trouble: "c'est toujours le fils le plus aimé qui passe du côté du Mal".

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13 août 2009

Dans la vallée des larmes, Patrick Autréaux

dans_la_vall_e_des_larmesHier soir j'ai lu d'une traite Dans la vallée des larmes. J'en avais entendu de larges extraits à France Culture, un soir où je rentrai du stade. Ce livre est un récit bref, dense, extrêmement intelligent et sensible sur l'itinéraire d'un malade.

"J'allais avoir trente-cinq ans lorsqu'on a découvert que j'étais atteint d'un cancer ".

Le récit de Patrick Autreaux m'a terrifié. Non pas tant qu'il me rappelle des souvenirs terribles de cancer, mais parce que, dans cette histoire, la maladie coupe les liens de désir et d'amour du narrateur pour son compagnon.

La lecture de ce récit cruel, fort bien écrit, est à hauts risques pour le lecteur. Je n'avais pas reçu un tel coup de poing depuis  que j'avais refermé Si c'est un homme de Primo Lévi.

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10 août 2009

pluie sur la plage d'Albigny

AlbignyIl pleut sur la plage d'Albigny. Nous nous réfugions sous un maronnier et regardons les pelouses aristocratiques désertées.

Douceur de cette pluie d'été.

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paternité, daniel Mendelsohn

Man_Holding_BabySi je regrette des généralisations faciles de la part de Daniel Mendelsohn, je n'oublie pas les belles pages que l'auteur consacre à la paternité.

L'irruption d'un enfant dans la vie d'un homme, bien plus encore que la rencontre d'une femme, l'arrache à son état de "garçon".

Quand l'enfant vient, on cesse d'être le centre de sa vie...

L'enfant est promesse d'immortalité, parce que d'une certaine manière on survit dans sa descendance. L'enfant signe aussi la mortalité des parents. Daniel Mendelsohn pense, peu après la naissance de nicholas, qu'un jour ce petit serait présent à son enterrement, qu'il serait vivant quand lui même ne le serait plus...

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09 août 2009

hommes au travail, Daniel Mendelsohn

men_at_workDaniel Mendelsohn avance  dans l'étreinte fugitive des généralisations qui me paraissent discutables. Ainsi l'opposition entre des hommes hétéros "sérieux" et des hommes gays "voués au jeu":

"Les hommes hétéros, ils sont sérieux. S'ils ne l'étaient pas, comment pourraient-ils gagner leur pain, faire bouillir la marmite, nous assurer un toît... assez fiables pour se trouver au même endroit au même moment, jour après jour, à travailler..."

Passons sur les hommes hétéros sérieux. Il suffit de fréquenter un stade ou un bar pour y  croiser quotidiennement de gentils branleurs. Sans doute la paternité donne t-elle aux hommes plus de gravité, ou au moins  de responsabilité. Pas toujours, hélas...

Quant aux gays que je connais, enseignant, infirmier, agriculteur ou tourneur fraiseur, ils sont là aussi, matin après matin, à leur poste, à faire bouillir la marmite. Il me semble que la vie de la plupart des homosexuels n'est pas si différente  en cela de celle des hétérosexuels...

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08 août 2009

la langue allemande

Deutsche_20Sportler_20tauziehenEn arrivant à Saint Eustache nous croisons une famille allemande à vélo. Nous discutons. La sympathie est immédiate. Ils viennent de Berlin. Je suis heureux de parler en allemand. Je pense parfois avec étonnement à la place que cette langue a prise dans ma vie. L'allemand est évidemment une langue pour penser,une langue  aussi des tragédies de l'Histoire et des erreurs funestes... mais elle est surtout pour moi la langue romantique par excellence, celle de la musique et des forêts, "le son un peu rauque des hommes, le matin, après l'amour". Un jour, en Basse Saxe, je vis des hommes d'un village jouer, danser et prier. Les sons qui sortaient de leurs bouches  m'ensorcelaient. Je rejoins ici Daniel Mendelsohn. Le désir et la joie ont des accents d'outre-Rhin.

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06 août 2009

Daniel Mendelsohn, l'étreinte fugitive(5)

mendelsohndaniel_jerry_bauer_rvA Compiègne aujourd'hui. S. est malade,  a beaucoup maigri, mais on ne sait pas quel nom donné à son mal...

La deuxième partie de l'étreinte fugitive m'a semblé plus intéressante que la première. Daniel Mendelsohn y parle avec beaucoup d'intelligence de la paternité.

"Ce que vous apprenez avec la présence d'un enfant dans votre vie, c'est ceci: oubliez tout ce à quoi vous vous attendiez".

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