30 décembre 2009
Venise, 1908
"Entre les cafés Quadri et Florian toute une société européenne vivait à Venise ses heures dernières... Les Seigneurs autrichiens descendaient à Venise en attendant le rut du cerf, avant de reprendre le chemin du nord vers leur douzaine de châteaux en Styrie ou au Tyrol; habillés en Jäger, chapeaux vert mousse, cape de Loden, ils laissaient un sillage de cuir de Russie, de magnolia des Borromées..." Paul Morand,Venises.
Venise fut sous contrôle autrichien dans la première moitié du XIXème siècle.
A la veille de la Grande Guerre, la présence des élites de la double monarchie demeurait forte ici.
30 octobre 2009
Des nouvelles de l'Histoire.
Sur la route, nous écoutons France-Culture.
j'apprends qu'une histoire de France sous la direction de Joel Cornette, le moderniste connu pour ses travaux concernant la Bretagne, est en cours de parution. Un premier volume consacré aux Renaissances serait disponible.
Les chroniqueurs reviennent sur la mort de Pierre Chaunu. L'homme passait pour conservateur, ce qu'il était notamment par ses prises de position natalistes. Je connaissais l'homme de foi et sa profonde humanité. On rappelle cette anecdote qui m'amuse: en 1968, le professeur qui se tenait évidemment à l'écart du mouvement, fut pris à partie par des étudiants qui écrivirent sur les murs "Chaunu = Tiers"(sic); l'enseignant répondit: "remettez le 'h', s'il vous plait. Vous me dites réactionnaire. Oui, sans doute car je réagis".
De Pierre Chaunu, outre ses apports à l'histoire anthropologique, je retiens cette phrase: "Les larmes sont indispensables à l'homme, je veux dire à l'humain de sexe masculin"...
30 avril 2009
Coriolan
L'auberge de jeunesse de Clichy est bruyante. De ma chambre, j'entends les portes qui claquent, les rires, les adolescents qui s'interpellent... Nous rappelons à l'ordre quelques chambrées et nos élèves finissent par se calmer. Dans mon lit étroit, je lis l'Equipe et l'histoire de Coriolan que rapporte Plutarque dans ses Vies parallèles.
Coriolan est une figure semi-légendaire des débuts de la République Romaine.
La vertu, virtus en latin, est d'abord pour les Romains une affaire d'hommes, une qualité virile, elle est la vaillance et le courage au combat. Appliquée aux femmes, la vertu devient chasteté. Voilà des définitions qui heurteront nos modernes oreilles...
Coriolan était inflexible, il ne cédait jamais, ne cillait devant personne. Son bras ne tremblait pas dans la mêlée. Rien ne domptait son courage. Quel était le mobile de cette vertu? La gloire? Non. L'argent? Il le comptait pour rien. Une femme? Oui, sa mère. La joie de sa maman était tout pour ce soldat.
La psychanalyse a-t-elle pris toute la mesure de l'emprise de la mère sur ces modèles de virilité?
Cette petite phrase aussi, lourde de conséquences: "Coriolan prit femme, de laquelle il eut des enfants, sans toutefois se départir jamais de sa mère".
07 avril 2009
L'agon et la démocratie
Les jeux olympiques n'auraient jamais existé si les Grecs n'avaient pas élevé comme une des plus hautes valeurs "l'agon" αγων
Ce mot signifie la compétition, l'émulation, le concours. Déjà visible dans les poèmes homériques, l'esprit de compétition fut omniprésent dans la civilisation de la Grèce ancienne. Je m'interroge sur ses liens avec la démocratie.
Les jeux ont d'abord été l'activité d'une classe sociale privilégiée, l'aristocratie, avant de s'étendre à l'ensemble des citoyens... Dans notre monde, le sport demeure surtout l'affaire des pays riches et de celles et ceux qui, à l'abris des soucis matériels, ont le temps et l'esprit disponibles...
Le sport distinguait le meilleur: le plus rapide, le plus fort, le plus malin. Seule la victoire comptait. Les Grecs n'ont jamais songé à donner l'équivalent d'une médaille d'argent ou de bronze. Arriver deuxième à un concours, c'était perdre. Rien de plus étranger à la mentalité grecque que la phrase de Coubertin: "l'essentiel est de participer".
La victoire olympique était individuelle même si l'honneur s'étendait à la famille et à la cité. Il me semble révélateur que les Grecs, qui ont codifié tant de disciplines sportives, n'ont jamais inventé le moindre sport collectif...
Pourtant ce qui se passait sur le stade d'Olympie, avait quelque chose à voir avec l'idéal démocratique. D'obscures cités, Pise, puis plus tard Elis ont gardé le contrôle des jeux pendant toute l'histoire grecque.
Une fois sur le sable de la palestre ou l'herbe du stade, la richesse et la naissance ne comptaient plus. La démocratie, n'est-ce pas cette promesse de reconnaître les seuls mérites?
Le sport faisait passer l'homme de la guerre à l'affrontement pacifique. On sait aussi que l'annonce des jeux marquait le commencement de la trêve sacrée.
A Olympie se rencontraient les Grecs du Péloponnèse, de l'Attique, des îles, de Sicile ou d'Asie. Les jeux étaient le lieu où Les Héllènes prenaient conscience d'appartenir à une même communauté humaine.
Les règlements sportifs introduisaient les jeunes gens dans le domaine de la loi, sans laquelle il n'est pas de démocratie.
Enfin, au risque d'être accusé de cryptolibéralisme, je pense que l'envie de se dépasser, l'émulation et la reconnaissance de la réussite sportive de l'autre, donnent vie à la cité. Le modèle d'une masse où l'individu jamais ne se distingue prépare au totalitarisme.
Le gymnase d'Olympie(2)
Le gymnase est lié à la Grèce depuis l'époque archaïque... Son nom vient du mot gymnos qui en grec signifie "nu", car la nudité s'imposait aux sportifs.
Le gymnase en Grèce fut d'abord associé à la guerre : les activités physiques servaient de préparation militaire à ceux qui défendaient la cité. Peu à peu l'athlétisme perdit cette vocation originelle. A Olympie, qui n'était pas une cité, venaient s'affronter pacifiquement des hommes de toute l'Hellade et les jeux marquaient un temps de trêve.
Le gymnase était le lieu d'une socialité qui s'élargit au cours des siècles, celle des hommes qui avaient atteint la puberté, des seuls aristocrates dans les premiers temps. Puis la démocratie ouvrit le Gymnase à tous les hommes libres. A l'époque hellénistique, dans certaines provinces, même des hommes venus d'autres ethnies purent y entrer. Ailleurs les Hellènes, jaloux de leur identité, en réservaient l'entrée, faisant des gymnases les clubs grecs du monde méditerranéen.
Le gymnase devint un lieu où s'exerçèrent la liberté et l'autonomie municipales aux siècles hellénistiques et romains, espace de formation civique.
Enfin le gymnase fut cet endroit si précieux, où les philosophes vinrent dispenser leur enseignement et ouvrir la discussion intellectuelle. Ce dernier caractère m'enthousiasme. Je suis désolé par cette opposition persistante entre la formation du corps et celle de l'esprit. Je regrette amèrement la place ridiculement petite réservée dans nos collèges et lycées actuels aux activités physiques. Au gymnase, je me sens disponible, ouvert à tous les apprentissages. J'emmêne toujours un livre dans mon sac de sport, car je sais que si j'ouvre le volume avant ou après un entraînement, ce que je lis sera retenu beaucoup plus facilement et durablement qu'assis dans une bibliothèque.
05 avril 2009
Le miracle grec (2)
Dès que les grilles se ferment sur les derniers visiteurs, les chats investissent l'Acropole, courent sur les marbres, se frottent aux oliviers sacrés, chassent et "s'aiment" dans ces lieux de perfection...
Ce mot de perfection, je l'emprunte à Renan et à sa fameuse prière sur l'Acropole. je dois tenir en bride cet enthousiasme romantique qui m'emporterait volontiers ici. On sait ce que nous devons aux Grecs: la première expérimentation de la démocratie, des mythes qui n'auront jamais fini de nous parler, la raison et les mathématiques, l'invention du théâtre et de l'athlétisme, la philosophie, l'art, la joie de la beauté virile... Pourtant le "miracle grec" a ses revers. A commencer par l'impitoyable impérialisme athénien: la cité avait des besoins d'argent considérables , levait le tribut dans toute la mer Egée ,et l'Acropole était le lieu où ce trésor était entreposé depuis 454 avant Jésus-Christ. La société grecque était une société où l'esclavage existait, où la femme était marginalisée, où la guerre était omniprésente...
20 février 2009
grippe espagnole
"Lorsque Danny apprit la nouvelle, Steve se savait atteint depuis cinq heures. A son réveil ce matin-là, il avait les cuisses dures comme du plâtre...." Alors l'homme qui se savait contaminé marcha vers l'hôpital Peter Bent Brigham, mais très vite ces jambes protestèrent tellement, qu'il lui semblait avoir emprunté celles de quelqu'un d'autre.
Je relis ce chapitre de Dennis Lehanne,dans Un pays à l'aube, en me souvenant que la grippe dite espagnole tua, en 1918, trois à quatre fois plus que la guerre elle- même.
Cette épidémie gagna l'Amérique du Nord, apportée par les militaires. A Boston, deux marins malades étaient signalés le 27 août 1918. Le lendemain, le diagnostic était posé sur huit autre cas. En deux semaines, deux mille officiers et hommes du rang souffraient. En octobre, ils étaient 75 OOO. Ce qui frappe, c'est la rapidité de l'épidémie, et surtout son degré de mortalité. Dans le seul Massachussets, 75 OOO personnes succombèrent.
Les pandémies ont un caractère terrifiant que le romancier Dennis Lehanne sait parfaitement rendre compte.
Je lis cela et la grippe touche cette année plusieurs de mes proches. Toux à l'hôtel en ce moment. Je dois retourner à la pharmacie place de la gare d'Annecy et je me dis que je devrais peut-être avoir d'autres lectures...
18 février 2009
Henri II
Une reproduction de ce portrait est accrochée sur un de nos murs. Jean Clouet a peint le deuxième fils de François Ier, le futur Henri II alors que celui-ci avait deux ans. Un garçonet joufflu vêtu de velours et de brocart. Le chapeau est élégant, et le petit chien noir délicieux...
Dans une librairie d'Annecy, j'ai acheté une biographie du roi Henri II, écrite par Didier Lefur. J'en lis les premières pages consacrées à l'enfance. A bien des égards, Henri partage le sort des princes et même des enfants du XVIème siècle en général. Sa fratrie est nombreuse: six frères et soeurs vivent avec lui dans le chateau d'Amboise. Il a peu connu sa mère, Claude de France, car il fut confié à une nourrice, Jeanne Laurence. D'ailleurs Claude mourut à vingt-quatre ans, épuisée par ses grossesses à répétition et ravagée par une dartre. C'était un temps où une femme sur quatre mourait en couches. La mortalité infantile était élevée et la cloche de l'église sonnait souvent pour annoncer qu'on portait un petit corps en terre...
Bien qu'ayant peu connu sa mère, Henri II, devenu adulte, donna à un fruit nouvellement arrivé en Europe, le nom de sa mère: la reine Claude...
16 février 2009
Le vieil homme et la mer
"A man can be destroyed but not defeated".
Un homme ne doit jamais s'avouer vaincu. Il peut être anéanti, mais pas vaincu... Morale virile que se formule le vieil homme en voyant son espadon si chèrement pêché dévoré par les requins!
Never surrender, never...
Je songe à ces rudes leçons d'Hemingway, alors que la mort enlève autour de moi des gens si jeunes...
17 octobre 2008
Un conte de bêtes féroces.
Dans Zone, le narrateur fait ce constat terrible: "l'Histoire est un conte de bêtes féroces, un livre avec des loups à chaque page..."
Pour prendre la mesure de ce destin violent de l'humanité, à partir de l'espace méditerranéen, le livre de Matthias Enard est un document de premier ordre...