Chaque homme dans sa nuit

je suis un homme de 46 ans passionné par la théologie, la Bible, la littérature (Julien Green, Mauriac, Proust...) le sport(course à pied, triathlon), j'aime les paysages (La Normandie, saint-Malo, Annecy...).

15 octobre 2006

libération et asservissement sexuel dans Germinal

germinal3La sexualité est le seul dérivatif au travail pour les mineurs de Germinal. Elle est libre, commence tôt, a ses lieux (Réquillart...) et ses temps ( la fête de la ducasse, le retour de la mine...) Tous savent, tous en parlent, presque tous la pratiquent :les préadolescents ( Jeanlin et Lydie), les jeunes ( Zacharie et Philomène), lesfemmes comme la Mouquette, les hommes mûrs comme Maheu. Zola, illustré ici par G Pichard, n'est pas obscène mais plutôt moraliste. Il s'interroge sur cette loi qui semble pousser toutes les filles à se donner à l'homme, à ces étreintes qui donnent joie et misère. Pourquoi ces amours empruntent-ils toujours le chemin de la soumission aliénante et assumée?

"N'était ce pas la loi commune? Jamais elle n'avait rêvé d'autre chose. ... Elle cessa de se défendre, subissant le mâle... avec cette soumission héréditaire qui culbutait en plein vent les filles de sa race"

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13 octobre 2006

corps et sexualité dans Germinal

mineurs4Lu des pages de Germinal pour tromper mon insomnie... Dans la mine la sexualité semble une compensation à l'asservissement du travail. La promiscuité des fronts de taille où les mineurs travaillent torse nu et les filles portent des culottes d'hommes, une pudeur mise à mal par les douches colectives ou les bains familiaux, et la nuit des fosses favorisent cette libération des instincts. Une sexualité précoce, animale, où de grands gaillards au poil blond ou roux viennent "culbuter" des filles complaisantes aux hanches accueuillantes: "c'était le coup de bestialité qui soufflait, le désir subit du mâle, lorsqu'un mineur rencontrait une de ces filles à quatre pattes, les reins en l'air..."

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22 septembre 2006

les filles sveltes des Achéens

femme01L'érotisme discret de l'Odyssée passe par des vers suggestifs comme ceux-ci: (C'est le vieux Nestor, le dompteur de cavales qui parle) "Dès l'aurore nous tirons nos vaisseaux à la vague divine chargés de nos biens et de nos captives à la taille de guêpe" Ou plus loin,( à propos de Télémaque,20 ans tout juste) "Cependant Télémaque était allé aux bains. La jolie Polycaste-c'était la moins âgée des filles de Nestor-après l'avoir baigné et frotté d'huile fine, le revêtit d'une tunique..." Des générations de garçons lisant l'Odyssée ont rêvé de Nausicaa, de Calypso, d'Hélène ou de ces filles des Achéens à la taille de guêpe...

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10 mars 2006

Et après ? (2)

Faire l'amour à quelqu'un, je le crois, n'est pas un acte anodin, mais cet acte n'augure rien de la suite. Histoire vécue:une femme, un homme. Belle rencontre, complicité immédiate, très vite les voilà au lit ensemble et cette première nuit d'amour se passe apparemment bien. Le jour se lève, petit déjeuner calin et fatigué, mais quelque chose ne va pas chez l'homme. Il sent qu'il n'aurait pas dû. Il a l'impression d'être à des millions d'années lumières à présent de cette femme. Il a envie de prendre le large et s'en veut aussi d'éprouver celà. Pour elle, il le voit clairement, cette nuit marque un début, pour lui, c'est une fin. Il tente de chasser cette impression qui mine ce début de journée et met celà sur le compte de la fatigue. "Tu ne parles plus?" Le visage de celle qui a parlé a des trait rayonnants qui démentent toute réelle inquiétude. L'homme a reboutonné sa chemise, la main de la femme est venue jouer avec le premier bouton et a glissé sur le torse. Ce geste l'agace.Premier voile sur le front de l'amie. Comment ne pas la blesser ? L'homme se sent un salaud. Il pense à ces hommes de la bible qui ont pris femme et qui dès qu'ils ont couché avec ces femmes s'en dégoûtent. Oui, il a des obligations envers elle, il la reprend dans ses bras, donne sa chance au temps, à, lui, à elle... En vain, car cette histoire échoua...

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09 mars 2006

Et après ?

brokeback_mountain_029Un jour, comme j'étais militaire, une conversation entre copains s'orienta sur le sexe et, pour une fois, alla au delà des forfanteries et des plaisanteries habituelles. L'un de nous dit ceci: "le sexe, finalement ce n'est pas grand chose, ça ne porte pas à conséquence". Je l'écoutais comme si mon interlocuteur avait été un extraterrestre, car je pensais et continue de penser exactement le contraire. Je crois que tout acte sexuel, même s'il n'est que furtif, a une dimension considérable. C'est un grand dévoilement à l'autre de son sexe métamorphosé par le désir, c'est le partage d'une étroite intimité, celle des corps et du plaisir, une lutte tendre et animale plus ou moins aboutie vers une extase. Je crois aussi qu'elle engage plus que la chair et les Écritures n'ont peut-être pas tort lorsqu'elles affirment que les âmes même à leur insu s'épousent également dans une mystérieuse unité retrouvée, quand même il ne s'agirait que de rapports tarifés dans une chambre de passe.... Le lendemain matin de la première nuit sous la tente à Brokeback mountain Ennis se réveilla le premier, et tout lui revint à la mémoire, le geste tendre refusé puis cette ruade où il avait tenu le rôle actif, il sortit rapidement de la tente, sangla son cheval et partit silencieusement, retournant dans son esprit d'homme dur, ce qui s'était passé. Il était impossible de revenir en arrière, de faire que ce qui était advenu n'ait pas eu lieu, puis il cravacha son cheval et galopa vers les alpages. Son ami, lui, avait simplement dit: "A ce soir pour le dîner"...

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15 février 2006

la belle paresseuse de Ronsard

femme_nue1Paysageman rappelle très justement les dérives commerciales des fêtes des amoureux dans nos pays... Je parcourrais vendredi dernier les recueuils poétiques de Ronsard lorsque mes yeux et mon imagination se sont arrêtés sur ces vers intimistes que je dédie à tous les couples en ce lendemain de Saint Valentin. Marie est une jeune femme que l'aube trouve endormie de ce sommeil impérieux de la jeunesse. L'alouette et le rossignol chantent sur les rosiers et la campagne angevine coouverte de rosée ("herbellette perleuse"). L'amant s'apprête à réveiller la paresseuse en embrassant ses seins ( "le beau tétin"). Erotisme sans complication qui nous vient tout droit du XVI ème siècle:

"Marie levez vous ma jeune paresseuse

Ja la gaye Alouette au ciel a fredonné

Ja le rossignol doucement jargonné

Dessus l'espine assis sa complainte amoureuse

Sus debout allons voir l'herbelette perleuse...

Harsoir en vous couchant vous jurastes vos yeux

D'être plus-tost que moy  ce matin éveillée

Mais le dormir de l'Aube aux filles gracieux

Vous tient d'un doux sommeil encor les yeux sillée

ça ça que je les baise et vostre beau tétin

Cent fois pour vous apprendre à vous lever le matin.

Pierre de Ronsard.

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21 octobre 2005

premier homme nu

umkleideraum6 Il avait beaucoup plu ce matin de septembre, nous avions joué un match de football sur un terrain  où les flaques luisaient près des buts et nous étions revenus aux vestiaires dans l'état qu'on imagine. J'avais 14 ans,une pudeur et une ignorance qui feraient sourire aujourd'hui.Irais- je me doucher devant les autres? je ne savais quel parti prendre lorsque je vis sortir des douches un de mes camarades . De deux ans notre aîné, alors que parfois un été  seul suffit à séparer l'enfant de l'homme, il rejoignait tranquillement son banc, un savon à la main. Je revois encore ce grand corps lisse aux épaules larges, ces cuisses solides, cette verge comme celle que les sculpteurs classiques ont donnée au dieu Hermès, mais ce qui me frappa le plus ce fut cette abondance de poils  qui dessinait un losange presque parfait  au bas de son ventre . Je n'éprouvais aucun désir, plutôt de la jalousie devant ce gaillard qui était si à l'aise et riait en découvrant des canines de jeune fauve. Après la beauté des femmes vue sur des pages de magazine, le monde m'offrait celle des hommes après le sport.

Bien des années après cette révélation, je retrouvais les mêmes impressions écrites par Mishima dans Confession d'un masque :" Ah-ah-ah. L'exclamation admirative de ses camarades de classe s'éleva et flotta lourdement dans l'air... C'était sans doute la première fois que nous voyions une telle opulence de poils ; cela semblait presque de la prodigalité, comme une exubérante croissance d'encombrantes herbes d'été. Et de même que ces herbes, non contentes d'avoir complètement envahi un jardin, vont même jusqu'à recouvrir un escalier de pierre, les poils débordaient  des creux profonds des aisselles et s'allongeaient en touffes épaisses vers sa poitrine . Ces deux fourrés noirs et lustrés luisaient, baignés de soleil..." Yukio Mishima,Confessions d'un masque,Gallimard, du monde entier, p80.

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16 octobre 2005

L'été de la mi-octobre,"le petit soleil roux"

Hier après-midi, l'été est revenu sur ma plage normande : ciel bleu, sable chaud, mer qui scintille jusqu'à Granville. J'ai nagé une bonne demi-heure. j'ai lu aussi. Magnus de Sylvie Germain. Ce roman est une suite de fragments de la mémoire individuelle d'un enfant et de la mémoire d'une famille allemande après l'épouvante nazie. Le garçon qui reconstitue ces bribes d'une histoire a pris le nom d'Adam, son oncle ne souhaitant plus le voir porter  celui de  son père criminel de guerre. Il évoque ses rêveries adolescentes. Il imagine le sexe d'une femme : "elle ne porte pas de culotte, mais un petit soleil roux dont les rayons ondulent sur la peau très blanche. Parfois le soleil tourne sur lui même, parfois il se transforme en chardon orangé, ou en bogue de châtaigne. Mais qu'y a-t-il dans la bogue exactement?" Sylvie Germain, Magnus ,Albin Michel, p70.

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08 octobre 2005

première femme nue

J'avais 13 ans, j'étais encore un petit garçon dans ma tête et dans mon corps lorsque j'ai vu pour la première fois une femme nue. Ma famille venue de l'usine et de la terre était puritaine. On ne s"exposait" pas chez nous. Le nudisme était qualifié de "sale" et je me souviens qu'un jour où des cousins de mon père avaient engagé la conversation sur le sujet, ma mère arrêta net la discussion en prétextant que des enfants étaient à table. On se changeait  avant d'aller à la plage dans des salles de bain fermées à double tour et sur le sable, après le bain, on ôtait le maillot dans des serviettes cabines fermées jusqu'au cou. Se mettre torse nu ou ne pas porter de tricot de corps sous une chemise exposait à attraper du mal. La suspicion de ma mère allait jusqu'aux musées où étaient exposés des choses "qui n'étaient pas de notre âge". De toutes façons, les reproductions d'oeuvre d'art n'existaient pas chez nous...La nudité des corps, celle de l'autre sexe, était un monde inconnu jusqu'au jour où une revue passa entre les mains des garçons du collège. Je me souviens de cette photographie, dont la page toute froissée disait le succès,et où je vis pour la  première fois une femme nue. Je ne me souviens ni de la couleur de ses cheveux , ni de la forme de son visage mais je revois encore ce corps entièrement nu ; elle portait seulement des chaussures rouges qui accusaient par contraste sa nudité.Les rires et les commentaires salaces allaient bon train. je demeurais interdit, frappé par ce que je voyais, ces seins aux larges aréoles, ces doigts aux ongles vernis qui écartaient les lèvres du sexe. Le lecteur précoce de la Bible que j'étais avais reconnu Rahab, la prostituée qui ouvrait la terre promise aux hommes. Je compris aussi ma différence, je ne ressentais pas ce mélange de mépris et d'excitation qu'avaient mes camarades pour la femme facile. J'éprouvais du respect-oui c'est le mot qui correspond le mieux à ce que je ressentais ce jour là, un respect où il entrait un peu de crainte pour ces femmes dont Jésus avait affirmé qu'elles nous précéderaient dans le royaume des cieux- Et j'ai toujours cette même admiration pour les femmes du X ou du trottoir, des déesses.

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05 octobre 2005

Houellebecq et la sexualité

"la vie sexuelle de l'homme se décompose en deux phases: la première où il éjacule trop tôt, la seconde où il n'arrive plus à bander" . La sexualité occupe une place importante dans le dernier roman de Houellebecq. L'un des narrateurs, Daniel I, développe toute une théorie du désir amoureux  où se mêlent l'obsession narcissique et  l'autocommisération. Deux craintes s'expriment fortement: l'idée d'être exclu de la fête- l'humanité se partageant en deux, les comblés et les frustrés-la peur de devoir "passer la main" avec l'âge. pourtant l'espoir s'insinue dans ces chapitres glacés, mais il faut attendre la page 221 pour lire: "j'avais toujours eu besoin, pour me sentir sexuellement heureux, d'un minimum-à défaut d'amour-de sympathie, d'estime, de compréhension mutuelle ; l'humanité, non, je n'y avais pas renoncé". Ouf, un peu d'air....

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