gideDans les voyages en avion, j'aime surtout les décollages. L'icône allumée au plafonnier. Les ceintures se bouclent. Longues  manoeuvres de l'avion dans l'aéroport. L'appareil qui s'immobilise en bout de piste. Et puis ce brusque grondement des réacteurs. La nuque plaquée contre le fauteuil et le paysage qui défile à toute allure à travers les hublots, jusqu'à ce lourd soulèvement...

Quand l'avion fut en altitude et que la couverture nuageuse empêcha d'apercevoir désormais les terres, je tirai du sac les nourritures terrestres de Gide.

Un livre pour oublier les livres. Tel est le projet un peu paradoxal de l'avertissement liminaire. "Quand tu m'auras lu, jette ce livre". Le narrateur semble opposer la vie à la littérature, cette dernière pouvant être synonyme de réclusion. Lire oui, mais ne pas s'en contenter, laisser le volume et mettre cap sur le monde, être disponible...

Les deux personnages des Nourritures : Nathanaël, le disciple du Christ, Ménalque, le berger de Théocrite. On reconnaît là ces deux pôles qui ont attiré beaucoup d'occidentaux: Tibériade et Athènes. La foi judéo-chrétienne et la pensée grecque, mais aussi probablement les aspirations parfois contradictoires de la chair et de l'âme...