poilusDans l'autobus qui nous transporte vers Roissy, je repense à la pièce vue la veille sur la scène de Bobigny: Compagnons inconnus.

Dans la première partie du spectacle, j'ai reconnu des extraits des Enfants humiliés, un des textes de Bernanos que je préfère.Au Brésil où il expérimente une difficile tentative d'élevage, l'écrivain tient un journal en 1939 et se souvient de l'autre guerre, vingt ans plus tôt.

La compagnie de Bréhal met en scène ces pages amères dans une saisissante projection des corps des poilus qui montent lentement à l'assaut, hors des tranchées.

"La victoire ne nous aimait pas". D'ailleurs les poilus de 14, au moins ceux qui survivaient en 1918, ne s'étaient jamais flattés d'être des vainqueurs. Ils ne furent pas des héros, juste les honnêtes ouvriers de cette lamentable affaire.

"Nous allions rarement au risque, c'est le rique qui venait à nous"

Les soldats "encaissaient", n'éprouvant aucune haine des Allemands, même si l'arrière (le derrière) essayait en vain de les convaincre du contraire.

La pièce insiste sur cette idée: les soldats n'ont pas raté la guerre, mais la rédemption de la guerre. Il faudra que je relise Bernanos. La salle de la maison de la culture était figée, absorbée par ces dures paroles. On s'est fourvoyé en pensant que l'exhibition de la guerre dans ses caractères les plus atroces empêcherait tout nouveau conflit. Non seulement la guerre est toujours possible, mais son avènement est facile. Alors on fait la noce après la guerre, on sort les lampions de la "victoire", mais en vain...

La pièce dénonce aussi cette imposture de parler au nom des combattants...