zolaA l'hôpital, on passe beaucoup de temps à attendre .... et j'ai eu la sagesse de garder avec moi un volume des Rougon-Macquart que j'ai lu, presqu'assoupi, en attendant hier l'anesthésie. Parmi les monstres qu'Emile Zola décrit dans La fortune des Rougon, Antoine Macquart se distingue par son abjection. On voudrait le plaindre par ce qu'il a été ignoblement  déshérité par son demi-frère. On l'a payé de fausses promesses lorqu'il est parti à l'armée, lui laissant espérer, comme c'était possible à l'époque, de racheter sa place. Il fut oublié évidemment et  ne dut son salut qu'en évitant les dernières et meurtrières campagnes de l'Empire. De retour au pays,ignorant, violent, ivrogne, Antoine, homme d'une indécrottable fainéantise -Zola dit qu'il acquit "une paresse raisonnée"-vit aux crochets de sa femme et de ses enfants qu'il brutalise. Le personnage  par cette paresse criminelle dégoûte  évidemment mais Antoine Macquart  m'irrite particulièrement quand il devient un leader républicain de sa ville, masquant par de grands noms ce qui n'est que rancune et bas instincts: "Quand il fut à bout de ressources, pleurant de rage, avec la pâleur farouche d'un homme qui se résigne au suicide, il alla chercher le paquet d'osier oublié dans un coin depuis un quart de siècle. En le prenant, il parut soulever une montagne. Et il se remit à tresser des corbeilles et des paniers, accusant le genre humain de son abandon. Ce fut alors qu'il parla de partager avec les riches" . Une belle idée est parfois portée par des  individus louches .Dans tout mouvement social, se mêlent à des degrés divers vraies souffrances et pleurnicherie, sincérité et calcul, désinteressement et ambition personnelle. Tout parti politique a ses Antoine Macquart: le plus triste, c'est de voir les foules leur accorder du crédit...