J'avais 13 ans, j'étais encore un petit garçon dans ma tête et dans mon corps lorsque j'ai vu pour la première fois une femme nue. Ma famille venue de l'usine et de la terre était puritaine. On ne s"exposait" pas chez nous. Le nudisme était qualifié de "sale" et je me souviens qu'un jour où des cousins de mon père avaient engagé la conversation sur le sujet, ma mère arrêta net la discussion en prétextant que des enfants étaient à table. On se changeait  avant d'aller à la plage dans des salles de bain fermées à double tour et sur le sable, après le bain, on ôtait le maillot dans des serviettes cabines fermées jusqu'au cou. Se mettre torse nu ou ne pas porter de tricot de corps sous une chemise exposait à attraper du mal. La suspicion de ma mère allait jusqu'aux musées où étaient exposés des choses "qui n'étaient pas de notre âge". De toutes façons, les reproductions d'oeuvre d'art n'existaient pas chez nous...La nudité des corps, celle de l'autre sexe, était un monde inconnu jusqu'au jour où une revue passa entre les mains des garçons du collège. Je me souviens de cette photographie, dont la page toute froissée disait le succès,et où je vis pour la  première fois une femme nue. Je ne me souviens ni de la couleur de ses cheveux , ni de la forme de son visage mais je revois encore ce corps entièrement nu ; elle portait seulement des chaussures rouges qui accusaient par contraste sa nudité.Les rires et les commentaires salaces allaient bon train. je demeurais interdit, frappé par ce que je voyais, ces seins aux larges aréoles, ces doigts aux ongles vernis qui écartaient les lèvres du sexe. Le lecteur précoce de la Bible que j'étais avais reconnu Rahab, la prostituée qui ouvrait la terre promise aux hommes. Je compris aussi ma différence, je ne ressentais pas ce mélange de mépris et d'excitation qu'avaient mes camarades pour la femme facile. J'éprouvais du respect-oui c'est le mot qui correspond le mieux à ce que je ressentais ce jour là, un respect où il entrait un peu de crainte pour ces femmes dont Jésus avait affirmé qu'elles nous précéderaient dans le royaume des cieux- Et j'ai toujours cette même admiration pour les femmes du X ou du trottoir, des déesses.